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La qualité des services de santé au Canada en graphiques

 

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Résumé

  

Si nous pouvions savoir déjà où nous sommes et où nous allons, nous serions mieux en mesure alors de déterminer quoi faire et comment le faire. —Abraham Lincoln, 1858

  

Des données robustes, cohérentes, valables et fiables sur le rendement du système de santé sont essentielles dans toute tentative d’améliorer la qualité. Les décideurs doivent avoir une même vue d’ensemble de l’ampleur et de la nature des problèmes qu’affronte le système de santé, laquelle forme également l’assise de la communication et de la collaboration entre les nombreux intervenants chargés de la prestation des services de santé et de l’amélioration de la santé. Dans les dernières années, l’information sur la qualité des services de santé au Canada s’est accrue sous l’impulsion d’établissements universitaires, d’associations professionnelles, d’organismes de santé et d’organismes représentant les patients à l’échelle des provinces et des territoires ainsi que du pays. Le présent recueil de graphiques rassemble ces données éparses afin d’offrir une vue globale et cohérente de la qualité des services de santé au Canada. Cette démarche du portrait dépeint en graphiques, les auteures l’ont déjà adoptée pour rendre compte de la qualité des services de santé en Australie, aux États-Unis et au Royaume-Uni.


La qualité est évaluée ici sous divers angles et divers lieux, que ce soit sur la scène internationale ou au pays, ainsi que dans les provinces et les territoires. Quatre principes directeurs ont guidé la conception du recueil : l’accessibilité et la validité des données, la diversité des points de vue et l’équilibre dans la présentation des données.

Les données présentées ici ont trait à six dimensions clés de la qualité : l’efficacité du secteur de la santé à améliorer les résultats de santé; l’accès aux services de santé; la capacité du système à offrir les services appropriés; la sécurité des services proposés; le degré d’orientation patient des services de santé au Canada; l’équité des points de vue de l’offre et des résultats des services de santé.

Constatations principales

(Cliquer sur l’une des dimensions de la qualité ci-dessous pour connaître les constatations principales)

  

Efficacité »

L’efficacité des services de santé relève de la propension de l’intervention, que ce soit un service, une consultation, une intervention chirurgicale ou médicale ou un test diagnostic, à produire le résultat escompté. Elle englobe également le caractère approprié de l’intervention, à savoir la mesure dans laquelle celle-ci est offerte aux patients pour qui elle s’avérera bénéfique et ne l’est pas aux patients qui n’en retireraient rien. Les indicateurs de l’efficacité se rapportent soit aux résultats, soit aux processus. Comme c’est le cas dans bien d’autres pays, le taux de mortalité due aux principaux tueurs comme le cancer et la maladie cardiaque a baissé pour la peine au Canada dans les dernières années.

Les taux d’immunité dans la population, qu’il s’agisse de la vaccination des enfants ou de la vaccination antigrippale des personnes âgées, sont bas au Canada comparativement à d’autres pays développés.

Nous notons une variation considérable d’un grand nombre d’indicateurs de l’efficacité d’une province à une autre. En général, les provinces font mieux que les territoires, mais aucune tendance nette ne ressort dans les provinces, par exemple, l’une d’elles qui excellerait ou peinerait dans tous les aspects de l’efficacité.

L’absence d’information uniforme sur la prestation des services de santé et sur la conformité aux lignes directrices de pratique fondées sur des données probantes au pays nous empêche de tirer une conclusion sur d’autres aspects de l’efficacité des services de santé au Canada.

 

Accès »

L’accès aux services de santé revêt une importance capitale pour les patients et le public dans le monde entier. Au Canada, une enquête menée auprès du public en 2007 constate que les temps d’attentes sont le principal sujet de préoccupation des répondants parmi tous ceux mentionnés dans le questionnaire.

La majorité des Canadiens, à savoir plus de 80 %, sont sous les soins d’un médecin traitant. Toutefois, cette question du médecin attitré est problématique dans les territoires; ainsi, dans les 10 plus grandes collectivités du Nunavut, seulement 13,4 % des répondants à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes ont un médecin traitant, et c’est le cas de 40,8 % des répondants des Territoires du Nord-Ouest. La situation est mieux au Yukon où 77,9 % jouissent d’un tel accès, ce qui se rapproche de la moyenne canadienne.

Le Canada fait plutôt piètre figure dans certaines comparaisons avec d’autres pays. En effet, les patients canadiens attendent plus longtemps que ceux de nombreux autres pays développés pour obtenir un rendez-vous en soins de santé primaires, et une bonne proportion des visites aux urgences au Canada sont dues à la disponibilité restreinte des services de santé primaires. Ce recours accru aux urgences pour obtenir des services de santé primaires pourrait expliquer en partie la longue attente aux urgences canadiennes comparativement à la situation dans d’autres pays, quoique des données probantes indiquent que le simple fait d’être sous les soins d’un médecin traitant ne diminue pas forcément les visites aux urgences1.

Au Canada, l’attente en prévision des interventions jugées prioritaires dans le Plan décennal pour consolider les soins de santé (arthroplastie, chirurgie de la cataracte, radiothérapie, pontage aortocoronarien et examen d’imagerie par résonance magnétique) varie considérablement dans les provinces. C’est en arthroplastie que les temps d’attente sont les plus longs.

 

Capacité »

La clé de l’offre de services de santé fiables de haute qualité réside dans la capacité de satisfaire à la fois les besoins individuels et les besoins de la population. La capacité tient à la présence de ressources financières (dépenses de santé), de ressources humaines, d’équipement, de la technologie de l’information et de médicaments nécessaires pour répondre à ces besoins.

Dans les pays développés en général, les dépenses de santé par personne n’ont pas cessé d’augmenter dans la dernière décennie. À ce chapitre, le Canada se range dans le groupe de 20 % des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques les plus dépensiers. Toutefois, en proportion du produit intérieur brut (PIB), les dépenses de santé au Canada en 2006 sont à peu près les mêmes qu’en 1992. La situation est tout autre dans nombre de pays développés où la proportion du patrimoine national consacrée à la santé connaît une hausse, fulgurante dans certains cas. Dans les provinces, les dépenses par personne vont de 4 653 $ (les moindres) au Québec à 5 730 $ (les plus élevées) en Alberta. Les dépenses de santé dans les territoires sont de beaucoup supérieures à celles dans les provinces en raison de leurs particularités sur les plans de la géographie, de la densité de la population, des besoins en santé et des modalités de l’offre de services.

Pour ce qui est des ressources humaines en santé, le nombre de médecins en exercice en proportion de la population au Canada, soit 1,0 médecin par 1 000 personnes, est relativement bas. Par contre, lorsque ces données sont stratifiées en deux groupes, les omnipraticiens et les spécialistes, le Canada fait meilleure figure quant au nombre d’omnipraticiens. Tous ne sont pas égaux en cette matière au pays comme en témoigne la présence en 2006 de 0,4 médecin par 1000 personnes au Nunavut et celle de 2,6 médecins par 1 000 personnes en Nouvelle-Écosse. La pénurie de médecins dans les territoires est quelque peu compensée par le grand nombre d’infirmières praticiennes; ainsi, les Territoires du Nord-Ouest comptaient en 2006 14,2 infirmières par 1 000 personnes, tandis que la Colombie-Britannique n’en avait que 6,7 par 1 000 personnes.

La capacité est également fonction de la disponibilité de la technologie de l’information sur la santé qui a le potentiel de métamorphoser l’offre de services de santé, particulièrement dans un pays aux vastes étendues et à la population clairsemée dans certaines régions comme le Canada. La technologie de l’information dans le secteur de la santé au Canada semble moins répandue que dans nombre de pays comparables. La situation pourrait changer si le dossier de santé électronique était mis en oeuvre au pays.

 

Sécurité »

La sécurité, à savoir l’élimination du risque d’effets néfastes évitables, est un élément fondamental de la qualité des services de santé. Dans les dernières années, ce sujet est devenu une préoccupation pressante pour les responsables de politiques, les gestionnaires et les professionnels du secteur de la santé et pour les patients. Comme c’est le cas dans de nombreux pays développés, les données précises sur les incidents indésirables au Canada sont rares. En outre, il est difficile d’interpréter les données disponibles. Reste toujours l’éternelle question de savoir si l’augmentation mesurée des incidents indésirables découle d’une situation défavorable où la sécurité des soins de santé laisse de plus en plus à désirer ou d’une situation positive de divulgation accrue des problèmes de sécurité et, par là, d’une situation propice à l’analyse et à l’atténuation de ces problèmes.

Analyser les incidents indésirables rapportés par le personnel soignant en même temps que ceux signalés par les patients peut faciliter la tâche de démêler l’écheveau de la situation réelle dans les milieux de santé. Des enquêtes auprès de patients révèlent que près du cinquième des patients au pays se disent victimes d’une erreur de médicament ou d’une erreur médicale (malgré que la véracité des dires des patients n’ait pas été corroborée).

Les infections acquises à l’hôpital ou infections nosocomiales représentent un important problème de sécurité au Canada. Les provinces de l’Ouest sont celles qui font état des plus hauts taux d’infections dues à Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (SARM), infection nosocomiale courante.

La surveillance des processus afin d’évaluer la conformité aux lignes directrices de pratique clinique fondées sur des données probantes dans le but d’améliorer la sécurité (p. ex., propreté des mains, système de mise en garde contre la prescription inappropriée) permet de collecter de l’information utile sur la sécurité des soins et des services de santé. Nous ne disposons pas de données sur l’ampleur de l’investissement dans la sécurité du patient et de la mise en oeuvre de stratégies d’amélioration de la sécurité à la grandeur du pays, mais l’Ontario publie de l’information sur le rendement des hôpitaux notamment au chapitre de la sécurité du patient. La province se targue d’une amélioration constante de la conformité aux mesures de sécurité dans les dernières années.

 

Services de santé centrés sur le patient »

La réceptivité à l’égard des préférences, des attitudes et des antécédents du patient, et leur prise en compte, sont également des aspects fondamentaux de la qualité. Cette réceptivité peut se traduire par l’amélioration de l’accès au traitement et à l’information en général et la participation du patient à la prise de décisions sur les services de santé et à l’élaboration des politiques.

À l’encontre de nombreux pays dotés de mécanismes de surveillance du rendement en matière de qualité, le Canada n’incorpore pas précisément l’orientation patient ou la réceptivité à son égard dans la conception théorique de son système d’évaluation et de compte rendu de la qualité. Des enquêtes sur la scène internationale révèlent toutefois que les Canadiens sont relativement satisfaits des services de santé. Une étude indique que 61 % des répondants canadiens accordent la mention excellente ou très bonne aux soins qu’ils ont reçus dans l’année précédente, comparativement à 62 % des répondants du Royaume-Uni et à 55 % des répondants américains. Une autre enquête internationale, celle-là auprès d’adultes malades, constate que 56 % des répondants canadiens prennent les décisions sur leur traitement de concert avec leur médecin, soit une proportion semblable à celle de nombreux autres pays et plus élevée que celle en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

 

Équité »

L’équité représente une valeur fondamentale du système de santé au pays, et l’un de ses principes les plus chers. En vertu de ce principe, les Canadiens et les Canadiennes se voient offrir des services de santé en fonction de leurs besoins cliniques, et les services de santé contribuent à aplanir les disparités en matière de santé et de résultats de santé entre les groupes de la population. Cette notion demeure difficile à surveiller en raison de la rareté des données d’actualité sur l’équité et les disparités. Notons cependant que le Centre for Health Policy au Manitoba est exemplaire à cet égard par son analyse approfondie de l’impact de la situation socio-économique, du sexe et de l’âge sur les processus et les résultats de santé.

Malgré l’absence de données exhaustives sur l’équité à l’échelle du pays, il s’avère néanmoins possible de dégager des constatations à la lumière des données disponibles. D’abord, les Autochtones sont aux prises avec de graves problèmes de santé et il leur est difficile d’obtenir des services de santé de haute qualité.

Qui plus est, il y a une nette corrélation entre le revenu faible ou la situation socioéconomique défavorable et la mauvaise santé au Canada, à l’instar de nombreux pays développés. Cette corrélation ne s’expliquerait pas par le coût des services de santé, quoiqu’une enquête internationale constate de fait que 16 % des répondants canadiens ont renoncé à faire remplir une ordonnance ou ont pris moins de médicaments que prévu pour des motifs ayant trait au coût, les mêmes motifs qui ont incité 29 % des répondants à renoncer à consulter un dentiste pour obtenir des soins dentaires nécessaires.

 

Conclusion »

Les données présentées ici mettent en évidence les aspects de la qualité des services de santé pour lesquels le Canada fait bonne figure et les aspects qu’il y a lieu d’améliorer. Les constatations seront probablement utiles s’agissant d’éclairer l’élaboration de politiques et d’initiatives en vue de résoudre des problèmes de qualité précis dans les services de santé au pays et d’améliorer les résultats en santé. Ces données seront également utiles comme points de repère dans l’évaluation des initiatives d’amélioration de la qualité à l’avenir. Leur plus grande importance peut-être en ce moment réside sans doute dans le fait qu’elles soulignent la nécessité de préciser des normes de données pancanadiennes et d’améliorer la collecte et l’analyse des données afin qu’il soit possible de surveiller et d’évaluer d’autres aspects de la qualité avec le temps. Les patients, les praticiens, les responsables de politiques et les administrateurs de la santé, tous y gagneraient.

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