La productivité des ressources humaines dans le domaine de la santé : Définition, mesure, importance de la mesure et public cible
Robert G. Evans, David Schneider, Morris Barer
Février 2010
Rapport intégral (PDF, 467 KB)
Annexes (PDF, 672 KB) dispoinibles en anglais seulement
Document préparé pour la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé et la Michael Smith Foundation for Health Research
Résumé
Le secteur des soins de santé représente environ le dixième de l’activité économique des systèmes modernes, et l’intrant main-d’oeuvre absorbe une grande part des coûts qu’il comporte comparativement à d’autres industries. Or, l’évaluation, le suivi et l’amélioration de la productivité de la main-d’oeuvre dans cette industrie, appelée ici productivité des ressources humaines de la santé (PRHS), devraient constituer des préoccupations importantes en matière de politique.
En principe, la productivité des ressources humaines de la santé (PRHS) devrait être définie en fonction du lien entre les résultats dans le domaine de la santé (protection ou amélioration de la santé pour les particuliers ou les populations) et les intrants requis des ressources humaines dans le secteur de la santé (temps, effort, compétences, connaissances). Cependant, la grande majorité des ouvrages publiés sur la question expliquent celle-ci comme le rapport entre, d’une part, les interventions et les services fournis et, d’autre part, le personnel ou le temps qui y est consacré.
Les objectifs de cette analyse bibliographique étaient de préparer un rapport sur « l’état des lieux scientifiques » qui comprendrait :
- un tour d’horizon des définitions de la PRHS et des notions s’y rapportant dans le secteur des services de santé et dans d’autres domaines pertinents non reliés à celui-ci;
- un résumé des contributions importantes à ce chapitre dans la littérature scientifique et grise qui tiendrait compte de la pondération relative des données;
- un inventaire des principaux chercheurs et centres ayant une expertise dans le domaine de la productivité des RHS au Canada et ailleurs et connaissant bien les initiatives actuelles en politique et en recherche (le cas échéant); et
- les lacunes et les priorités pour la recherche future (synthèses et acquisition de nouvelles connaissances) repérées dans la documentation concernant les notions et définitions pratiques de la productivité des RHS dans le cadre de la planification et de l’évaluation des ressources humaines en santé au Canada.
Messages clés
- En principe, la productivité des ressources humaines de la santé (PRHS) devrait être définie en fonction du lien entre les résultats dans le domaine de la santé (protection ou amélioration de la santé pour les particuliers ou les populations) et les intrants requis des ressources humaines dans le secteur de la santé (temps, effort, compétences, connaissances).
- La vaste majorité de la littérature actuelle dans le domaine de la PRHS ne tient pas compte des résultats dans le domaine de la santé et mesure souvent les extrants de manière inappropriée ou trompeuse. Par exemple, un plus grand nombre d’appareils d’IRM ou de radiologistes pourrait contribuer à augmenter la quantité d’interventions pratiquées, mais ne donnerait pas nécessairement de meilleurs résultats en matière de santé ni n’accroîtrait forcément la productivité.
- On peut trouver des possibilités d’améliorer la PRHS :
- en examinant les variations inexpliquées dans la pratique clinique qui ressortent des études comparatives actuelles;
- en trouvant de nouvelles façons de déployer les ressources humaines de la santé qui tireraient parti de l’éventail complet des pratiques et des rôles, particulièrement dans les modèles de soins coopératifs.
- De nombreux exemples de bonnes innovations liées à la PRHS ne figurent pas dans les ouvrages portant sur la question parce que « se faire publier » ne constitue pas une priorité pour les « travailleurs de fond » de l’innovation liée à la PRHS.
- Voici les principales conclusions tirées de cette analyse bibliographique :
- À peu près toute la recherche sur les services de santé est liée d’une façon ou d’une autre à la productivité des RHS, mais peu d’études font état explicitement de leur applicabilité à la productivité. Il ne serait ni productif ni même faisable d’entreprendre une synthèse sommative unique de la littérature dans ce domaine. Les questions posées dans toute recherche future, tant primaire que secondaire, sur la productivité des RHS doivent être précises et très bien ciblées.
- La plus grande partie, voire la totalité, des documents portant sur la PRHS mettent l’accent sur les intrants et les extrants mesurés en activités ou en processus plutôt qu’en avantages pour la santé. Seule exception : la documentation sur les variations cliniques, où les résultats sont clairement ciblés mais où l’on ne s’arrête guère à réfléchir aux conséquences de ces fluctuations pour la productivité des RHS.
- Quand et pourquoi les décideurs font‑ils de l’amélioration de la productivité des RHS (mesurée « correctement ») une priorité? Les études antérieures offrent à cet égard peu d’indices. Parmi les entraves à l’amélioration de la productivité se trouvent des incitatifs aux effets pervers et des objectifs sans rapport avec la réalité (p. ex., la préséance d’autres préoccupations). Or, même si on perçoit quelques lueurs d’espoir ici et là dans le système, on observe toujours un écart important entre les améliorations potentielles et réelles.
- Il est recommandé de poursuivre comme suit le travail dans ce domaine :
- repérer et faire connaître les réussites, c’est à dire les cas où des améliorations ou des interventions sur le plan de la PRHS ont donné lieu à de meilleurs résultats dans le domaine de la santé avec des intrants semblables ou réduits, ou à des résultats stables avec des intrants réduits. L’exercice aurait pour but de trouver les facteurs sous-jacents communs ayant contribué à de tels gains de productivité;
- mener une recherche prospective sur la PRHS auprès des personnes concernées; par exemple, évaluer les changements organisationnels et financiers, ou encore les modifications de programmes ou les initiatives pilotes mettant l’accent sur le lien entre les intrants et les résultats et avantages pour la santé.