Recherche : 
  

III. Rédiger le résumé

SI UNE IMAGE VAUT MILLE MOTS, UN BON RÉCIT VAUT DE NOMBREUSES COLONNES DE CHIFFRES. LE RÉCIT PRÉSENTE DES IDÉES, DES PROBLÈMES ET, PARFOIS, DES RÉPONSES. IL A DE LA PROFONDEUR ET DE L’ENVERGURE, IL SUSCITE DES ÉMOTIONS ET IL ADOPTE UN TON THÉÂTRAL; IL PRODUIT UN EFFET PLUS MÉMORABLE QUE LE SIMPLE COMPTE RENDU DE DONNÉES53.

EN GÉNÉRAL, CE N’EST PAS À L’AIDE D’UN COEFFICIENT DE RÉGRESSION QUE LES DÉCIDEURS RÈGLENT UN PROBLÈME. C’EST PLUTÔT GRÂCE À DES IDÉES QUI MÛRISSENT LONGTEMPS AVANT D’ÉCLAIRER LE SUJET ET DE FACILITER AINSI LA PRISE DE DÉCISION6.

La recherche présentée par des « idées », plutôt que par des « données », est celle qui influence le plus la prise de décision en matière de gestion et de politique6,54. Ces idées ou ces messages concrets sont plus le prétexte à amorcer la discussion avec les responsables de politiques et les gestionnaires que des réponses toute faites. Le résumé est destiné à favoriser la collaboration entre les chercheurs et les décideurs, non pas à la remplacer. La présente section offre des conseils sur la rédaction du résumé de recherche en langage simple et clair, qui va droit au but, à l’intention des responsables de politiques et des décideurs.

L'OBJECTIF PROPOSÉ

Les étudiants seront en mesure de rédiger des messages pragmatiques, fondés sur des données probantes, étayés par des statistiques éloquentes, dans un style vif.

LA DÉLIMITATION DE L’AUDITOIRE

L’un des éléments centraux du « modèle de l’échange » dans le transfert des connaissances est la nécessité d’une relation entre le producteur des connaissances et l’utilisateur de ces connaissances. Dans cette relation, faire connaissance pour les interlocuteurs est un processus continu. Certains des rédacteurs d’un résumé À bas les mythes ont déjà établi de tels rapports. Pour d’autres, ce sera l’occasion de la première rencontre avec l’interlocuteur ou l’auditoire concerné. Dans un cas comme dans l’autre, avant de commencer à rédiger le résumé, il faut se demander « Quelle est l’essence du récit que j’aimerais relater? »55. D’autre part, l’auteur rédige et révise le résumé en tenant compte des besoins et des particularités des lecteurs55. Ces aspects rejoignent deux des importantes questions soulevées dans la discussion sur la diffusion à la sixième section, que voici : (1) Quel est le message que je veux faire passer ? (2) Qui forme l’auditoire à qui s’adresse le résumé? Répondre dès maintenant à ces questions permettra à l’auteur de concevoir le plan qui structurera le processus de rédaction. L’ouvrage From research to practice: A knowledge transfer planning guide saura être utile pour encadrer cette démarche; il renferme d’ailleurs de l’information très judicieuse à ce propos 22.

LA RÉDACTION DE MESSAGES PRAGMATIQUES, FONDÉS SUR DES DONNÉES PROBANTES

La recherche recommande avec insistance de faire ressortir des messages concrets du savoir issu de la recherche, plutôt que de simplement présenter un compte rendu de recherche ou les résultats d’une seule étude6. Ces énoncés sont à la forme active et font un usage limité des qualificatifs complexes, notamment des renseignements méthodologiques ou techniques, qui sont le propre du rapport de recherche. Les mises en garde sont importantes, mais le résumé de recherche ne peut présenter, n’y espérer le faire, toutes les facettes de toutes les études examinées. Il doit s’efforcer d’en extraire les principaux messages ou les retombées essentielles des résultats de recherche pour les exprimer en langage simple, clair et vivant, tout en renvoyant les lecteurs aux rapports de recherche complets pour obtenir des renseignements précis.

L'ART D'ALLER DROIT AU BUT

Les responsables de politiques et les décideurs voudront savoir en quoi le sujet sur lequel vous écrivez importe pour eux. Il est impératif d’indiquer dès le début sur quoi porte l’exposé et d’inciter les lecteurs à poursuivre la lecture du résumé. Si vous manquez le coche, vous aurez perdu une partie de votre lectorat.

Comme cela se produit dans le monde du journalisme, le résumé qui « amplifie les faits par pur sensationnalisme, qui passe outre certains faits, qui tombe dans des stéréotypes ou qui brosse un portrait indûment négatif de la situation » perdra de sa crédibilité56. Ne passez pas outre des renseignements et des mises en garde importantes sous prétexte d’aller droit au but. Vous réécrirez sans relâche jusqu’à ce que vous synthétisiez le texte; il faut donc réserver beaucoup de temps à la révision.

Le titre du résumé À bas les mythes est particulièrement important, au point de s’y attarder. Dans les médias d’information, la manchette et l’introduction sont souvent écrites par l’éditeur, non pas par le journaliste qui a couvert le sujet. C’est pourquoi la manchette peut apparaître un peu étrangère au fond de l’article. Comme le résumé se précise au fil de la rédaction, ainsi va le titre. Le titre et le sous-titre d’un résumé À bas les mythes connaissent souvent plusieurs versions avant d’en arriver à leur forme finale.

LES DEUX MOTS D’ORDRE : L’ÉCONOMIE DE MOTS ET LE STYLE VIF

À l’instar de l’article dans la presse, le résumé s’accommode mal de la forme passive, des phrases fleuves, des métaphores ambiguës et des clichés. Sachez que « les lecteurs sont rebutés par un texte mal rédigé, et qu’ils n’accordent pas de seconde chance »55. Pour veiller à la suite logique des idées, rien de mieux que la phrase déclarative simple qui exprime une seule idée. Un texte rédigé de cette manière est compréhensible et captive le lecteur55.

Quand la longueur du texte est limitée, par des contraintes tenant à l’espace, à deux pages, soit de 800 à 1000 mots, par exemple, vous devriez recourir à des stratégies vous permettant d’en dire beaucoup en peu de mots. Ainsi, vous pourriez présenter de l’information dans des graphiques, des tableaux, des listes ou des diagrammes, comme vous pourriez mettre en relief les phrases ou les extraits qui représentent le mieux les principales sections.

Ne perdez pas de vue qu’un texte de deux pages peut paraître beaucoup plus long lorsque les tableaux ou les graphiques ne font que semer la confusion ou que le texte est à la forme passive, sans les précisions nécessaires. Pour rédiger un résumé bref et pertinent, l’auteur devrait adopter le style familier.

LE RÉCIT ET L’ANECDOTE POUR ACCENTUER LE THÈME DU RÉSUMÉ

IL Y A PEU DE DOMAINES DE L’ACTIVITÉ HUMAINE QUI SE PRÊTENT MIEUX À L’ANECDOTE QUE CELUI DES SERVICES DE SANTÉ57.

L’historien et analyste de la politique de la santé Dan Fox a eu ce mot désormais célèbre, « Le pluriel d’anecdote est politique »58. Dans un résumé À bas les mythes, l’anecdote peut très bien servir à présenter le sujet et à susciter l’action. Cependant, le résumé À bas les mythes ne doit pas s’en tenir à des données probantes anecdotiques, il doit contenir l’essentiel de toutes les données probantes de la recherche sur ce sujet. En 2006, un numéro de Données à l’appui — série de résumés de recherche qui soulignent des options stratégiques et de gestion en santé, éclairées par des données probantes, — commence par un récit sur Jean Sauvé, veuf de 72 ans souffrant de diabète et d’hypertension, traité par plusieurs médicaments59. Par cette anecdote, la Fondation voulait tracer le portrait du phénomène « de la porte tournante » dans les soins hospitaliers, qui touche principalement les populations vulnérables du Canada qui ont besoin de soins médicaux constants, mais non en urgence59. Ce ne sont pas tous les sujets À bas les mythes qui seront bien illustrés par un récit. Pour ceux qui le sont, l’anecdote est l’outil qui s’impose pour piquer la curiosité du lecteur et l’inciter à poursuivre sa lecture pour prendre connaissance des données de la recherche.

Dans Il était une fois... L’usage et l’abus de récits et d’anecdotes dans le secteur de la santé, l’auteur explique ainsi l’attrait des anecdotes dans ce domaine de l’activité humaine : « Il se peut que l’anecdote attire tellement les lecteurs parce qu’elle est bien connue et, par conséquent, confortable, comme une vieille paire de pantoufles »57. Les médias d’information ont la triste réputation de se confiner aux données anecdotiques, considérées comme étant « au plus bas échelon de l’échelle de certitude des données probantes en sciences »60. Sans vouloir contester cela, le récit et l’anecdote ont tout de même une utilité dans l’échange d’information, comme en témoigne Mullen58 :

Les expressions « fondé sur des données probantes » ou « fondé sur des données » prédominent dans le discours politique de nos jours, et « l’anecdote » au titre de donnée probante est tout autant décriée par les milieux politiques que par les milieux médicaux. Pourtant, tout aussi importante que soit l’argumentation raisonnée dans l’utilisation des données scientifiques quantitatives pour éclairer la prise de décision clinique ou politique, l’anecdote — le récit des événements de la vie éminemment subjectif — demeure un moyen sûr de capter l’attention de l’esprit humain.

Lorsqu’il s’agit d’un reportage sur la recherche dans l’actualité, Seale61 est d’avis « qu’il est nécessaire de simplifier à un certain degré pour créer l’opposition saisissante qui est au coeur du récit » (p. 514).

Dans son exposé sur la narration efficace, Stephen Denning précise la grande utilité du récit dans le transfert des connaissances. Bien que son article s’adresse au milieu des affaires, ses enseignements sont tout aussi pertinents pour quiconque désire gagner en efficacité dans la transmission des connaissances et la stimulation de l’action. Selon lui, la clé de la narration efficace réside dans le choix du récit en fonction de l’objectif visé. Parmi les objectifs des histoires examinées par Stephen Denning figurent la stimulation de l’action et le partage des connaissances62,63.

OBJECTIF L'HISTOIRE DOIT: LE NARRATEUR DOIT:
Stimuler l'action décrire un changement positif. éviter la surabondance de détails
Partager des connaissances mettre l'accent sur des erreurs, la façon solliciter
dont elles ont été corrigées et la
pertinence de la solution trouvée.
solliciter des solutions de rechange.

Voici des ressources utiles sur le récit, l’anecdote et l’essai efficaces:

  • Dans The story of knowledge: Writing stories that guide organisations into the future, les auteurs s’inspirent des fondements du sujet établis par Denning entre autres pour affirmer que des récits bien construits peuvent être un élément de motivation du changement organisationnel64.
  • Les auteurs de Made to stick: Why some ideas survive and others die précisent la façon d’entretenir les idées pour qu’elles soient comprises, qu’elles restent ancrées dans la mémoire et qu’elles produisent un effet durable en stimulant un changement de mentalité dans l’auditoire cible65. Ils puisent la notion de « l’idée qui colle » et le vocabulaire connexe de l’ouvrage de Malcolm Gladwell, The Tipping Point. À titre de complément d’information à l’hypothèse fondamentale de Gladwell65, ils proposent six caractéristiques de l’idée durable : la simplicité, l’imprévisibilité, le caractère concret, la crédibilité, l’émotivité et la narration.

DES CHIFFRES RÉVÉLATEURS

LES CHIFFRES NE « PARLENT » PAS, MAIS ILS PEUVENT VOUS EN DIRE LONG, AUTANT QU’UNE SOURCED’INFORMATION HUMAINE. TOUTEFOIS, COMME AVEC LES HUMAINS, VOUS DEVEZ DEMANDER!66

Pour le néophyte, la méta-analyse, l’ampleur de l’effet, le ratio d’incidence approché sont des concepts insaisissables. Il revient à l’auteur, qui veut être lu par des responsables de politiques et des décideurs notamment, d’interpréter ces statistiques. À ce chapitre, bien des ressources ont été conçues à l’intention des auteurs, débutants ou avancés :

  • Dans Statistics every writer should know: A simple guide to understanding basic statistics, for journalists and other writers who might not know math, l’auteur présente une vue d’ensemble des principes fondamentaux de la statistique à l’usage des rédacteurs66.
  • Les auteurs de Drugs in the news: How well do Canadian newspapers report the good, the bad and the ugly of new prescription drugs? établissent, exemples à l’appui, la distinction entre le risque absolu et le risque relatif67. Dans Risky business: Making sense of estimates of risk, David Streiner approfondit la question68.
  • Le Groupe Hayward a conçu une série What is . . . ? qui répond à des questions telles « Qu’est-ce que le ‘nombre de patients à traiter’? » « Qu’est-ce que la rentabilité? » ou « Qu’est-ce qu’une méta-analyse? »69.
  • D’autres ressources décrivent la signification des résultats numériques de la méta-analyse et de l’étude méthodique70,71,72.

LE BANNISSEMENT DE LA SUBJECTIVITÉ PERSONNELLE

Dans les sections précédentes, la question de l’interférence des partis pris personnels dans un résumé de recherche a été abordée. Pour rédiger un résumé À bas les mythes efficace, le mythe comme les données probantes qui le contestent ne doivent pas être teintés des vues personnelles du rédacteur. Au moment de la rédaction, le rédacteur tient bon et contient l’influence de ses opinions en se demandant : « Ai-je passé outre des données probantes, ou en ai-je présenté sous un faux jour dans l’espoir de les rendre plus accessibles? »


précédent précédent / suivant suivant

PDF - 1.24MB

À bas les mythes est préparé par le personnel de la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé et publié uniquement après avoir été revu par des spécialistes sur le sujet. La Fondation est un organisme indépendant, sans but lucratif. Les opinions et les intérêts exprimés par les personnes distribuant ce document ne représentent pas forcément ceux de la Fondation. © FCRSS 2007

Pour que la recherche porte ses fruits